L’ENSEIGNEMENT AGRICOLE PUBLIC EN LORRAINE


texte d'Hervé Bichat pour la
célébration du cent cinquantième anniversaire de l’enseignement agricole prend en Lorraine.


A l’origine de l’enseignement agricole : la Lorraine


La Lorraine a l’honneur d’avoir accueilli sur son sol deux initiatives majeures au début du 19ème siècle :

Au sortir de la Révolution et de l’Empire, le patrimoine forestier français est ruiné. Les paysans ont brûlé les forêts seigneuriales pour détruire les symboles d’un ordre social honni et les guerres qui ont suivi pendant vingt-cinq années, ont fait le reste. Cela préoccupe beaucoup le Ministre des Finances. C’est la raison pour laquelle il crée une école pour former des cadres forestiers destinés à restaurer le patrimoine de l’Etat. A cette époque la gestion des forêts allemandes est déjà considérée comme exemplaire. C’est pourquoi, sans doute, Nancy est choisie et son directeur, M. Lorentz, recruté parce qu’il avait reçu une formation approfondie en Thuringe.
Cette école n’est pas la première initiative de l’Etat dans le secteur agro-alimentaire, puisque plus de soixante années plus tôt, Bourgelat avait créé à Lyon la première école vétérinaire du Monde, au service d’abord de l’Armée. Mais l’école forestière de Nancy est appelée à connaître un grand destin ; rapidement devenue l’institution d’enseignement supérieur la plus prestigieuse du Ministère de l’agriculture, elle devait donner naissance en 1965, à l’initiative de E. Pisani, par fusion avec l’Ecole nationale du génie rural, à l’Ecole nationale du génie rural des eaux et forêts dont le premier directeur fut Maurice Rossin.


Il faut noter également qu’à côté de grandes réussites (diffusion de ses publications et de ses innovations technologiques comme sa fameuse charrue, réussite des comices agricoles instaurés à l’imitation des « défits-publics » anglais), Mathieu de Dombales a connu également dans sa vie de nombreuses difficultés : faillite de la sucrerie qu’il avait ouverte près de Nancy, veuvage prématuré, arrêt de l’institut agricole de Roville à sa retraite en 1842. Il n’était pas doué, semble-t-il, pour parler en public. Bien que n’étant pas d’origine agricole, il n’avait pas hésité à s’installer dans un petit village lorrain pour initier une formation fondée à la fois sur la réflexion et la pratique au service des agriculteurs. Il est tout-à-fait étonnant de noter comment il faisait de ses propres échecs des leçons pour ses élèves. Cette attitude humaniste est certainement à la base de l’influence durable qu’il a exercée sur eux. Aujourd’hui encore sa démarche associant une très large ouverture à toutes les innovations à une grande prudence dans leur mise en oeuvre doit continuer d'être méditée face aux avancées très rapides de la recherche moderne.

Le décret du 3 octobre 1848 : acte de naissance de l’enseignement agricole


Le décret du 3 octobre 1848
M. Boulet et Mesdames Lelorrain et Vivier ont rappellé très justement dans un ouvrage publié à l’occasion du cent cinquantenaire de l’enseignement agricole les conditions historiques qui ont présidé à la naissance de la deuxième république : crise du capitalisme naissant, évolution des idées, constitution des premières banlieues ouvrières. Pour la première fois, l'enseignement agricole fait l’objet d’un long débat (Juillet-Octobre 1848) au Parlement : certains souhaitent retenir les populations agricoles sur leurs terres pour éviter le gonflement des banlieues ; d’autres reprenant les leçons des physiocrates du XVIIIe siècle et stimulés par les progrès des agricultures du Nord de l’Europe veulent en faire le socle de l’économie moderne du pays.
Après de longs et tumultueux débats auxquels certains des plus grands esprits de ce temps prennent part (comme A. de Tocqueville, célèbre auteur de « De la démocratie en Amérique » mais également fondateur de l’Institut Supérieur d’Agriculture de Beauvais), le Ministre de l’agriculture et du commerce, M. Thuret, parvient à faire voter par l’Assemblée Nationale le 3 octobre 1848 un décret æ en fait une loi æ qui par la cohérence de sa vision prophétique définit le programme que tous les pouvoirs publics vont s’attacher à mettre en oeuvre jusqu’à nos jours :


- l’enseignement en agriculture n’est plus laissé au bon vouloir d’initiatives privées que les pouvoirs publics encouragent, voire subventionnent. Il est reconnu comme un élément essentiel de la politique agricole et fait l’objet d’un schéma cohérent et rigoureux couvrant toute la filière de l’enseignement primaire à l’enseignement supérieur et l’ensemble du territoire et que l’Etat s’engage à mettre en oeuvre.


- il repose sur 3 niveaux :

  1. un institut national agronomique, destiné à former les cadres dont la Nation a besoin et à développer la recherche grâce à des bourses données aux meilleurs élèves,
  2. des écoles régionales pour former les cadres intermédiaires et conduire les expérimentations multi-locales,
  3. les fermes-écoles destinées aux enfants d’agriculteurs et caractérisées par une formation pratique (2 heures de cours seulement chaque jour, le matin de 5h00 à 6h00 et le soir de 19h00 à 20h00 !).- ces trois niveaux sont reliés entre eux :


l’INA forme les enseignants des écoles régionales. Ceux-ci à leur tour forment les encadrants des fermes-écoles,
un système de bourses permet aux meilleurs élèves des fermes-écoles d’accéder aux écoles régionales et aux meilleurs élèves de ces dernières d’entrer à l’INA : dès l’origine l’enseignement agricole est caractérisé par l’attention portée à la promotion sociale de ses élèves.


En Lorraine.
En Lorraine, curieusement, le décret du 3 octobre 1848 n’a aucun impact positif. A la suite de la retraite de Mathieu de Dombasle, Amédé Turck, neveu de Berthier, propriétaire du fonds exploité par l’Institut agricole de Roville devant Bayon, essaye en 1843 de reprendre le flambeau en créant sur la commune de Dommartemont près de Nancy l’Institut agricole Sainte-Geneviève. Suite à la publication du décret de 1848 et malgré l’appui de la Société centrale d’Agriculture de la Meurthe, il demande en vain que son institut soit reconnu comme une école régionale à l’instar des autres institutions de formations créées par des élèves de Mathieu de Dombasle (Grignon, Grand Jouan et la Saussaye), arguant en particulier que la taille des exploitations agricoles en Lorraine n’est pas adaptée à une « école de valets » !. Comme pour justifier cette argumentation, les initiatives pour créer des fermes-écoles (Ste Croix près de Forbach 1849-1852, La Malgrange 1865) n’ont pas connu de véritable succès.
Enfin, l’élection de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la République par le second Empire entraîne une véritable glaciation de l’enseignement agricole. Ce qui est très surprenant de la part d’un homme qui dans de nombreux autres domaines a soutenu les innovateurs de son temps (L. Pasteur, F. Le Play, mise en valeur des Landes et de la Sologne, développement des infrastructures...).
La naissance de la 3e République


La création du Ministère de l’agriculture par Gambetta


La défaite de 1870 est très cruellement ressentie. Mais très rapidement l’opinion publique se mobilise : c’est la revanche qui va inspirer l’opinion publique, notamment en Lorraine, jusqu’à la guerre de 1914.
Au plan politique, cette période est marquée par la lutte politique entre les républicains et les conservateurs. Comme ces derniers tiennent les campagnes, Gambetta décide de les conquérir en réunissant dans un seul ministère tous les moyens pour promouvoir la petite exploitation familiale (1881). Ce qui lui donne un caractère opérationnel très original dans l’administration qu’il a conservé jusqu’à maintenant.
En ce qui concerne l’enseignement agricole, la politique de la 2e République est réactivée. L’INA est recréé à Paris en 1875. En 1879 il est institué des écoles pratiques d’agriculture pour former les cultivateurs d’exploitations moyennes (entre les écoles régionales destinées aux grandes exploitations et les fermes écoles pour les « valets »!).
La même année, il est créé des professeurs départementaux d’agriculture, pièces maîtresses de l’organisation de l’enseignement départemental et communal de l’agriculture. Ils interviennent dans les écoles normales primaires pour former les futurs instituteurs. Ils sont chargés « d’éclairer les cultivateurs » sur les réformes à introduire, les techniques nouvelles à adopter. Ils dirigent des champs d’expériences d’études et de recherches. Ils prêtent leur concours aux préfets « pour tous les renseignements intéressant l’agriculture ». Ils « tiennent l’administration au courant de la situation agricole ». Bref, l’étendue de leurs attributions englobe ce que nous appellerions aujourd’hui : l’expérimentation, la recherche, la formation, le développement, l’administration.
Rien d’étonnant si un nouveau pas est franchi en 1912 : « le professeur départemental d’agriculture prend le titre de directeur des services agricoles », ses compétences englobent « tous les services intéressant l’agriculture ». Ainsi, il est bon de rappeler que les professeurs départementaux d’agriculture sont les lointains prédécesseurs des actuels directeurs départementaux et, d’une certaine manière, des actuels directeurs régionaux de l’agriculture et de la forêt, les "recteurs verts" de l'enseignement agricole.

En Lorraine
Cette province est tout particulièrement touchée par la défaite de 1870 et notamment avec l’exil des alsaciens lorrains choisissant de rester français. La Lorraine devient alors une des régions les plus dynamiques du pays (transformation de l’Université de Nancy, développement industriel, apparition de l’art nouveau,...).
Le petit-fils de Mathieu de Dombasle alerte la Société Centrale d’Agriculture de Nancy pour saisir rapidement les opportunités offertes par le décret de 1879. Très rapidement, le Conseil général réunit les fonds nécessaires pour

acheter un immeuble à Tomblaine. Dès 1879 l’école fonctionne avec le concours des enseignants -républicains- de la Faculté des Sciences de Nancy. Sous la direction d’Hippolyte Thiry, l’école se développe rapidement : en 1887 une exploitation est achetée pour pouvoir donner un enseignement pratique aux élèves. Un centre de documentation bien équipé est rapidement ouvert. En 1903 est créé le premier enseignement ménager en France, à partir d’une laiterie pilote.
Ce dynamisme lorrain se retrouve tout particulièrement à la faculté des sciences de Nancy. Les enseignants dont certains viennent de Strasbourg attribuent le succès de la Prusse à l’organisation universitaire allemande inspirée par von Humbolt.
A la fin du XIXè siècle, le développement économique allemand concerne tout particulièrement la chimie : plus de la moitié de l’industrie chimique mondiale est située en Allemagne. Le professeur Haller, commissaire français aux expositions universelles, est le propagandiste infatigable d’une relance de l’industrie chimique française fondée sur l’université. Le ministre de l’éducation nationale donne son accord pour financer la création d’une école universitaire de chimie à Nancy, à condition que la moitié de l’investissement soit financé localement.
Le doyen de la Faculté des Sciences, E. Bichat, se charge du dossier bien que physicien. Il obtient une forte participation de Solvay qui vient de créer une usine de soude à Dombasle. Et pour compléter ce don, il fait adopter par le Conseil municipal de Nancy une taxe sur la bière de manière à ce que l’ouvrier en buvant sa chopine participe à la création de son poste de travail. Ainsi l’école de chimie est ouverte en 1890.
L’école de brasserie ne pouvait que suivre avec le concours des Brasseurs Moreau (de Vézélise) et Tourtel (de Tantonville dans la brasserie duquel Pasteur a conduit ses travaux sur la fabrication de la bière). Elle ouvre ses portes en 1896 sous la direction de Petit, Professeur de chimie, six mois avant l'école de Douai.
Un institut agricole et colonial est créé entre 1900 et 1903 par le Professeur Gain, Professeur de Botanique, à la demande du gouvernement général d'Indochine pour former les cadres de cette fédération. Enfin le Professeur de zoologie Cuenot ouvre une école de Laiterie à partir de 1906. Ainsi entre 1896 et 1906 sont réunis les éléments qui constitueront à partir de 1976 l’Ecole Nationale des Sciences Agronomiques et des Industries Alimentaires (ENSAIA) dont le premier directeur fut J.M. Clément. Mathieu de Dombasle est vengé ! Il y a enfin une école nationale supérieure d’agronomie en Lorraine.

L’entre deux guerres
La loi de 1918 sur l’enseignement agricole


1918, c’est la victoire sur l’Allemagne qui a laissé le pays et notamment son Nord-Est exangue. Cette victoire est également celle des femmes qui ont remplacé à l’arrière les hommes montés dans les tranchées. Pour célébrer cette victoire le Parlement vote une nouvelle loi du 2 août 1918 qui confirme, en les élargissant, les dispositions de 1848 et de 1879. Les missions de l’enseignement agricole ne sont pas seulement académiques. On y trouve l’amorce des célèbres 4 missions (qui sont souvent encore plus nombreuses comme les trois mousquetaires... !). Le législateur donne surtout une base juridique à l’enseignement ménager et féminin.
En Lorraine
C’est le retour du département de Moselle dans la mère patrie. Du temps du Reichland, l’administration avait créé à Château Salins, une école pratique d’agriculture. Des bâtiments nouveaux qui ressemblaient fort à un hôpital militaire furent construits en 1912 pour l’abriter. A l’armistice cette école retrouve tout naturellement sa place dans l’enseignement agricole français. Mais il faut se rappeler que l’arrondissement de Château Salin est de langue française et qu’il faisait partie de l’ancien département de la Meurthe avant 1870.
Pour l’autre partie de la Moselle, c'est le retour à l’Etat de l’ancienne résidence en Lorraine de l’empereur Guillaume II, le Château d’Urville à Courcelles Chaussy, qui apporte la solution. Edifiée au XVIIè siècle puis restaurée au XIXè siècle par le Baron de Semellé, ce château fut acheté par la chancellerie impériale sous un nom d’emprunt pour permettre la conclusion de cette transaction. Après 1918, il est progressivement affecté à l’enseignement agricole : d’abord école d’agriculture d’hiver en 1926, puis école pratique d’agriculture en 1930, il devient école régionale d’agriculture après la deuxième guerre mondiale.
La même évolution va toucher l’école de Tomblaine. Comme le Ministère de l’agriculture estime que ses locaux sont inapropriés à une école régionale, le conseil général de Meurthe et Moselle se porte acquéreur du château de Pixérécourt et de son exploitation. Dans son état actuel, il résulte des profondes transformations apportées par le Comte O’Gorman en 1865. Au début du XXè siècle, un de ses plus éminents locataires fut le colonel Driant, député de Nancy et illustre écrivain patriotique de l’époque qui fut tué au bois des Caures en 1916.


Tomblaine est alors progressivement abandonné et l’école régionale d’agriculture Mathieu de Dombasle prend son envol à Pixérécourt à partir de 1950 sous la direction de Rovel.
A cette époque, les terrains situés en bas de l’exploitation sont utilisés par Der Katchatourian, Directeur de l’école régionale de Courcelles Chaussy puis responsable régional de l’enseignement agricole, enfin Directeur de l’Ecole Nationale de Grignon, pour conduire les expérimentations qui allaient déboucher sur la révolution fourragère.


Les lois de 1960 sur l’enseignement agricole


Nul ne peut nier aujourd’hui l’importance capitale des lois de 1960 - 1962. A la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Europe se trouve pour la première fois de son histoire soumise à un double impéria américain et russe et engagée bongré malgré, dans le processus de la décolonisation. Pour retrouver stabilité et identité, il est indispensable que l’Europe de l’Ouest redevienne rapidement auto-suffisante au plan alimentaire (rappelons que depuis cent ans l’Europe faisait venir trente pour cent de son alimentation de ses colonies). Une alliance se noue entre les jeunes agriculteurs de la JAC et du CNJA entraînée par M. Debatisse, des scientifiques dynamiques comme J. Poly et L. Malassis et des élus éclairés, -il faut citer les noms de M. Debré et E. Pisani- pour saisir cette opportunité de faire de la France une grande puissance agricole dans la nouvelle communauté.
L’enseignement agricole est un des vecteurs de cette révolution agricole. La réforme engagée est caractérisée par 3 éléments essentiels :

  1. La parité avec l’éducation nationale : l’enseignement agricole devient un élément du système éducatif national. Tout en approfondissant son originalité, il va progressivement adopter l’organisation et le système des diplômes de l’éducation nationale.
  2. La promotion sociale en appelant notamment en son sein des spécialistes de l’éducation populaire comme Paul Harvois. Cela permet de renouveler la pédagogie et de constituer des filières de promotion de l’enseignement initial professionnel aux écoles d’enseignement supérieur. Un enseignement socio-culturel est initié pour préparer les jeunes à tirer tout le parti des évolutions en cours. Enfin, une formation professionnelle continue exemplaire est mise en place surtout à partir de 1972.
  3. L’enseignement supérieur est rénové en s’engageant progressivement dans un partenariat avec l’université pour devenir davantage lisible depuis l’étranger et fournir à la société moderne les cadres qu’exigent la croissance économique, la compétition internationale et l’évolution de la société.


En Lorraine.

Les écoles régionales de Pixérécourt et de Courcelles Choisy sont immédiatement transformés en Lycées agricoles. Dans les Vosges et dans la Meuse, les collèges et les lycées sont ouverts à la fin des années 1960 :


Les lois de 1985 sur l’enseignement agricole


Ces lois sont l’aboutissement de la démarche engagée en 1848. Elles sont le résultat de deux évolutions majeures :


Les lycées et les collèges agricoles deviennent des LEGTA, des LPA et des EPLA (Etablissements publics locaux agricoles) comme ceux de l’éducation nationale avec un conseil d’administration composé de manière équilibré entre les collectivités locales, les professionnels et les parents d’élèves, enfin les représentants du personnel et des élèves.
Mais ils ont deux particularités importantes :
- Leur président de Conseil d’administration n’est pas le proviseur. Il est élu parmi les membres des conseils d’administration qui ne font pas partie du personnel de l’établissement.
- Leurs 4 missions :
* formation initiale,
* formation professionnelle continue,
* animation,
* expérimentation développement
et l’importance de la coopération internationale.
en font des plateformes technologiques au service du secteur agro-alimentaire et de la gestion des terroirs au sein desquels ils sont insérés. Le centre constitutif du lycée proprement dit est bien entendu le principal d’entre eux. C’est lui qui donne son identité : on parle toujours de lycée agricole. Mais ce n’est pas le seul : le centre d’apprentissage, le centre de formation professionnel ne sont pas en dehors de l’EPL, comme à l’Education nationale, mais en son sein. On peut même penser que la qualité de la pédagogie qui y est pratiquée et qui a construit progressivement la réputation des lycées agricoles et leur rayonnement est du à cette rencontre d’une communauté d’enseignants motivés et de missions diversifiées multipliant les interfaces entre l’enseignement académique et son environnement.
En Lorraine.
L’évolution de l’enseignement agricole se poursuivit comme dans le reste du pays. La Lorraine dispose aujourd’hui de 5 lycées agricoles de plein régime aux compétences complémentaires et profondément engagés dans la vie régionale :
- 2 en Moselle avec des spécialisations sur l’agriculture et l’agro-environnement,
- 2 en Meurthe et Moselle et en Meuse tout particulièrement spécialisés dans l’agro-alimentaire,
- 1 enfin dans les Vosges attaché à valoriser la montagne vosgienne et tout particulièrement la filière bois.
Les lycées sont aussi le siège de nombreux organismes administratifs régionaux et professionnels qui complètent ainsi de manière heureuse le panorama de leurs plateformes technologiques respectives.


Conclusion


En 1842 au moment où Christophe - Joseph - Alexandre Mathieu de Dombasle a pris sa retraite en fermant l’Institut agricole de Roville devant Bayon, il a pu estimé qu’il avait oeuvré en vain et que son action n’aurait hélas aucune postérité. En 1848 on pouvait penser que le sort s’acharnait sur le pays natal de Mathieu de Dombasle puisque le décret fondateur de l’enseignement agricole n’y a eu aucun impact positif.

Aujourd’hui, il est heureux de constater qu’il n’en est rien. Malgré les boulversements et les guerres qui ont meurtri la Lorraine, la semence de l’enseignement agricole a germé et porté de nombreux fruits. Cela tient d'abord aux valeurs humanistes de tous ceux qui se sont engagés à la suite du grand agronome Lorrain. Qu’ils en soient très sincèrement remerciés et que leur mémoire soit fidèlement conservée et honorée par tous ceux qui bénéficient aujourd'hui de leur dévouement et de leur compétence. Une nouvelle Loi d’orientation agricole est devant le Parlement. Elle doit permettre à l’agriculture de s’adapter aux enjeux de l’avenir. Elle comporte quelques articles sur l’enseignement agricole. Au plan technique leurs portée est limitée... et heureusement puisque l’enseignement agricole d’aujourd’hui est un système d’enseignement exemplaire.
Mais au plan symbolique, cela signifie que demain comme hier la Nation compte sur l’enseignement agricole pour faire face aux défis que suscite l’évolution du monde. Nul ne doute que demain comme hier l’enseignement agricole public saura répondre aux attentes du pays.

Henry-Hervé BICHAT
Ingénieur général du GREF
Pixérécourt le 9 avril 1999


P.J. : photocopie du décret du 3 octobre 1948.


Bibliographie


1848 - « Le printemps de l’enseignement agricole » Michel BOULET, Anne-Marie LELORRAIN, Nadine VIVIER - Educagri édition 1998.
« L’enseignement agricole et son patrimoine » Tome 1 - Educagri édition 1998.
« Histoire de l’enseignement agricole dans les départements concordataires » (Alsace-Moselle) R. IEHL 1998.
Roville 1822-1842 « Naissance de l’enseignement agricole français » Fabien KNITTEL, Marc BENOIT, Michel CUSSENOT - INRA 1998.
Centenaire de l’Ecole d’agriculture - Lycée agricole « Mathieu de Dombasle » Tromblaine, Nancy Pixérécourt - 1879-1979.
Musée Mathieu de Dombasle et de l’enseignement agricole - Association des anciens élèves du LEGTA Mathieu de Dombasle - 1999.
Inauguration du Monument Ernest BICHAT à Lunéville le 23 avril 1911.