Le classement de Shanghai et ses contre-feux


Site Web: http://www.arwu.org/

Un classement mondial venant de la Chine qui interpelle le système d’enseignement supérieur français

C’est en 2003 qu’est publié le premier classement mondial des universités par une équipe de l’Université Jiao Tong de Shanghai. Les résultats de ce classement, fondé sur des critères d’excellence de la recherche, provoquent un petit séisme dans le monde universitaire de nombreux pays. Ce palmarès des 500 meilleures universités mondiales fait apparaître une suprématie écrasante des universités nord-américaines (15 des 20 premières, 65 des 100 premières) et une faiblesse des universités européennes (31 des 100 premières). La France en particulier, ne compte que 2 universités dans les 100 premières mondiales (Pierre et Marie Curie-Paris VI et Paris XI-Orsay) ; quant aux Ecoles d’ingénieurs, il n’y a guère que l’Ecole Polytechnique qui parvienne à se classer au-delà du 200ème rang.

Bien que décrié pour ses méthodes (critères donnant un grand poids aux publications scientifiques, privilégiant les sciences dures classiques au détriment de la technologie) qui ne donnent qu’une vision partielle des universités et de leur recherche, ce palmarès qui s’affiche sur tous les sites Internet interpelle et pose problème à maints égards. Quels que soient les biais qu’on lui attribue, on sait qu’il aura un impact dès lors que près de 3 millions d’étudiants dans le monde s’expatrient pour faire leurs études dans une université étrangère et que la capacité à attirer les meilleurs de ces étudiants devient un enjeu, l’objet d’une concurrence entre universités. Le problème de l’image des universités à l’international est ainsi soulevé par le Centre d’analyse stratégique : « Ainsi, une bonne image à l’international des universités contribue à développer l’attractivité des pays pour les meilleurs étudiants et chercheurs étrangers, mais aussi, et surtout, à bénéficier des meilleures opportunités de coopérations internationales scientifiques et techniques »1.

De fait, ce palmarès rend inévitable un questionnement des situations nationales qu’il éclaire d’une lumière peu flatteuse : « Pourquoi cette contre-performance nationale ? » interroge dans Libération le Professeur Jean-Yves Mérindol de l’Université Louis-Pasteur2. Le décalage de ressources dont disposent les universités françaises en regard des universités nord- américaines, qui mobilisent des fonds privés est aussitôt invoqué ; la division du système français entre universités, écoles, organismes de recherche ...est perçue comme une autre cause de la position médiocre des établissements de l’Hexagone dans ce classement. Selon un article de l’Institut de Recherche sur l’Education3, les résultats du palmarès de Shanghai renvoient à la spécificité de la formation des élites en France, qui à la différence d’autres pays, passe par les grandes écoles et rarement par la recherche.

Ces analyses impulseront des stratégies de regroupement d’établissements d’enseignement supérieur en France, dont les PRES sont une illustration significative, et toute une réflexion sur le rôle et la valorisation de la recherche.

Pourquoi il ne faut pas céder (X François Martin)

- Un choc aussi pour les universités allemandes

La France n’est pas le seul pays à s’être remis en cause à la suite du palmarès de Shanghai. En Allemagne, ce classement a fait l’effet d’une douche froide : « Une seule université allemande dans le Top 50 » déplore le Spiegel4, constatant que la TU Münich, « joyau » de l’université allemande, parvient seule à se hisser au 45ème rang mondial. L’image renvoyée par ce classement jouera aussi un rôle moteur dans la politique d’universités d’élite et l’initiative d’excellence développées ces dernières années en Allemagne.

Autres initiatives de classement

Au fil des années, tout en étant controversés, ces deux classements mondiaux de Shanghai et du THES (repris ensuite par l’agence QS), se sont d’une certaine façon imposés, peut-être par défaut, en l’absence d’autres outils de comparaison internationale. Dès lors qu’ils existent et circulent, comment les ignorer ? Pour la petite histoire, on peut rappeler que le travail d’évaluation de l’Université Jiao Tong de Shanghai n’avait pas pour vocation première de lancer un classement mondial des universités. Il fut entrepris pour répondre à un objectif national d’éclairage et de développement du système d’enseignement supérieur chinois, la Chine étant alors confrontée à une explosion de la demande d’études supérieures de ses bacheliers et à la nécessité de se doter d’universités de dimension internationale5.

Le mouvement une fois lancé, d’autres initiatives de classement international ont cherché à apporter leurs points de vue et méthodologies différenciés. Les initiatives de l’Université de Leiden (uniquement basée sur la bibliométrie) et de l’Ecole des Mines de Paris (sur un seul critère professionnel) peuvent être soulignées :

- Le classement des universités européennes de l’Université de Leiden

http://www.cwts.nl/ranking/LeidenRankingWebsite.html

Le Centre des études scientifiques et technologiques de l’Université de Leiden (CWTS) aux Pays-Bas s’est attelé à une analyse critique des méthodologies des classements internationaux, en particulier celle du palmarès de Shanghaï. Le CWTS de Leiden met en cause l’exploitation, par des personnes non expertes, d’indicateurs bibliométriques produits et commercialisés par l’Institut américain ISI (Institute for Scientific Information) de Thomson Scientific, placé en situation de monopole. Il identifie un ensemble d’erreurs susceptibles de faire perdre des points dans la comptabilisation de citations : une même université répertoriée sous différentes appellations, le fait que les publications françaises portent la référence d’instituts du CNRS au lieu des universités concernées, l’inclusion ou non de publications écrites dans une autre langue que l’anglais, ...autant de travers qui modifient les résultats de l’évaluation, selon que l’on évalue la production ou l’impact.

A partir de ces travaux, l’Université de Leiden élabore un nouveau système de classement portant sur 100 premiers établissements européens, incluant Israël, qui est publié pour la première fois en 2007. Ce classement est orienté recherche comme celui de Shanghai et basé sur les données relatives aux publications et citations dans les revues scientifiques internationales. Mais son originalité est de proposer 4 listes différentes construites à partir des mêmes données mais s’appuyant sur différents types d’indicateurs : une liste par taille, à savoir le nombre de publications ; une liste basée sur le facteur d’impact moyen normalisé par discipline indépendant de la taille ; une liste basée sur le nombre de publications multiplié par le facteur d’impact moyen normalisé par discipline ; une quatrième liste selon le nombre de citations par publication.

On peut noter au passage, que ce nouveau système fait apparaître des universités hollandaises (Utrecht, Rotterdam) parmi les 10 premières universités européennes du classement.

- Le classement professionnel international de l’Ecole des Mines ParisTech

http://www.ensmp.fr/Actualites/PR/defclassementEMP.html

Ce classement international des établissements d’enseignement supérieur, proposé dans sa première édition en 2007 se fonde sur un seul critère : le nombre d’anciens élèves occupant le poste de n° 1 exécutif (Chief Executive Officer) dans l’une des 500 plus grandes entreprises internationales (en termes de chiffre d’affaires) répertoriées dans le « Fortune Global 500 ». Ce classement met en lumière le fait que les dirigeants français sont tous passés par les mêmes filières (Sciences Po, ENA ou X). Les établissements français sortent bien classés de cet exercice, par rapport aux établissements nord-américains ou britanniques, pour le motif que les dirigeants de ces pays ont des parcours universitaires beaucoup plus varié. HEC, ENA, Sciences Po, qui n’étaient pas classées dans Shanghai, se retrouvent ainsi au « top ten » mondial et devancent le MIT... On peut noter également la place importante des universités japonaises dans ce classement.

Ce classement fondé sur un seul critère a été plutôt critiqué. Les variations importantes entre les résultats des palmarès 2008 et 2007 ont contribué à mettre en cause la pertinence de ce classement : le MIT perdant 6 places (de 7ème à 13ème), l’Ecole Polytechnique 7 (de 4ème à 11ème), les Mines 10 (de 10ème à 20ème), mais la Seoul National University en gagne 16 (de la 32ème à la 16ème... et ENS Ulm ne figure pas.

- Le classement mondial des universités Webometrics

http://www.webometrics.info/

Il est utile de signaler l’existence de ce classement international pour ne pas le confondre avec d’autres démarches. La démarche Webometrics (Ranking Web of World Universities) consiste à répertorier et classer les universités du monde entier d’après leur présence et leur visibilité sur le Web. 15.000 universités ont été analysées et 5.000 y sont référencées ; on y trouve un palmarès des 2.000 meilleures universités mondiales et des listes par zones géographiques.

Les 4 indicateurs utilisés sont :

Ce classement est produit par le Cybermetrics Lab, une unité du Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol. Il est édité sur le web deux fois par an depuis 2004.



revu le: 30/09/2011.